Hiver et voirie, la facture salée

On l’entend partout en ce moment, la neige a fait son grand retour.
Parfois même dans les communes où l’on n’avait pas vu son apparition depuis des dizaines d’années.

Dans la crainte d’un accident, les plaques de verglas sont combattues à coup de tonnes de sel de déneigement.
En France, c’est entre 750 000 et 1,5 million de tonnes qui sont déversés chaque année, un chiffre qui sera en hausse cet hiver suite à l’épisode neigeux.
Les communes ont parfois doublé ou triplé leurs commandes.

Un geste devenu si anodin et banalisé qu’il est rarement remis en question.
Dans ce produit, on y retrouve du chlorure de sodium (couramment appelé sel de table) ou de chlorure de calcium.
Ils ont tous deux une action déshydratante, faisant accélérer la fonte de la glace.
Mais son action n’est pas sélective et on se doute peu des dommages que cela occasionne sur la faune et la flore.

Quels sont ces dommages ?

Crédit photo © Unsplash / Achim Ruhnau

Une fois épandu, le sel mélangé à l’eau se transforme en eau de fonte et s’infiltre dans les milieux naturels, le sol et l’eau, jusque dans les nappes phréatiques, modifiant ainsi leurs caractéristiques.
De nombreux organismes souffrent de cet excès de salinité nocif : micro-organismes, lombrics, chenilles, plantes de toutes tailles et faune aquatique, y compris les amphibiens dont leur nombre est déjà en baisse depuis plusieurs années.
Les oiseaux ne sont pas en reste, car ils sont susceptibles de s’empoisonner en confondant les grains de sel pour des petits cailloux, qu’ils mangent habituellement pour faciliter leur digestion.
Il en va de même quand ils s’abreuvent avec une eau polluée.
Pour ce qui est des plantes, elles accumulent la salinité via leur système racinaire et ainsi meurent quand le seuil arrive à saturation.

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Le sodium, lorsqu’il est présent en trop grande concentration, qu’il soit ingéré directement ou par le biais de plantes contaminées, ou bien au contact de l’épiderme, aspire l’eau contenue dans les cellules.
Toutes les espèces qui sont touchées par ces rejets sont impactées par ces effets durables et délétères : brûlure, dessèchement, et même asphyxie pour les plus petits organismes.
Pour nos animaux de compagnie, le danger est le même, l’ingurgitation accidentelle est dangereuse et leurs pâtes peuvent subir blessures et irritations.

Les constructions et infrastructures humaines pâtissent aussi du salage : béton, acier et véhicules sont victimes de dégradations et de corrosion.
De plus, les routes peuvent ensuite relâcher des métaux lourds via une réaction chimique.

Au final, d’importantes conséquences et pertes financières découlent de l’utilisation excessive de ce produit, un poids lourd pour les caisses publiques et les usagés partageant la voirie.
La facture grimpe aussi pour l’assainissement de l’eau potable.
Tout le monde fini par payer le prix de cette méthode de fonte néfaste.

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Y a-t-il des mesures alternatives ?

Oui, même si le mieux est de n’utiliser aucun produit de fonte, il existe des solutions plus respectueuses de l’environnement.

La première étape serait l’usage d’un engin de déneigement, qui déblayerai ainsi de manière consciencieuse pour éviter la formation de verglas et que chaque citoyen revienne à une utilisation de pelles à neige devant leur habitation, plutôt qu’une distribution de sacs de sel par la commune.
Comme cela se faisait il y a plus de 40 ans et comme c’est toujours le cas dans les pays du Nord de l’Europe, qui connaissent des hivers plus rigoureux que chez nous.

La deuxième est l’utilisation ciblée et adaptée du salage.
Il convient de réduire la quantité normalement utilisée, car contrairement aux croyances, un surplus n’est pas plus efficace et ne fait pas fondre la glace plus rapidement et une grande partie de ce qui a été épandu finira gaspillé.
Moins de quantité, tout autant d’efficacité.
En cas de chute de neige abondante, le sel ne pourra de toute façon pas être suffisamment efficace et n’atteindra pas la couche de glace. Il est donc primordial de retirer d’abord la neige, puis d’appliquer le sel en petite quantité.

Ensuite, l’alternative la plus privilégiée, lorsque cela est possible et si les informations météorologiques sont suffisamment fiables, est de s’équiper en amont afin d’améliorer l’adhérence.
Chaînes à neige et/ou pneus cloutés pour les voitures et les deux-roues, crampons antidérapants pour les piétons, bâtons de marche pour les personnes les plus fragiles.

La quatrième et dernière solution consiste à remplacer le sel par un autre produit naturel et biodégradable, présentant moins de risques direct.
Le sable, la sciure et les cendres de bois sont parmi les plus fiables.
L’objectif cette fois-ci n’étant pas de faire fondre, mais d’améliorer l’adhérence au sol sur la surface appliquée, cela concerne aussi bien les conducteurs que les piétons et cyclistes.

Si vous souhaitez faire avancer le débat sur ce sujet, il est vivement recommandé d’interpeller vos élus locaux afin de les sensibiliser à une gestion plus consciencieuse de la voirie en période hivernale.

Protégeons la nature environnante sans nous mettre en danger.

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