Si vous êtes sur ce site, vous connaissez très certainement l’impact particulièrement néfaste des fêtes dites « commerciales ».
Pourtant, savez-vous vraiment ce qui se cache derrière le cadeau le plus populaire de la Saint-Valentin (qui arrive à grands pas), mais aussi des anniversaires, des mariages et bien d’autres ?
Cas concret :
Vous voilà arrivé chez votre fleuriste de quartier, vous choisissez des fleurs pour la personne que vous aimez. Mais un détail vous chiffonne, vous ne voyez aucune appellation pouvant indiquer la provenance de ces plantes ni les traitements qu’elles ont subis.
Malgré cela, vous ne voulez pas arriver les mains vides à votre rendez-vous galant, alors vous choisissez le bouquet le plus adapté à votre budget, en pensant que cela fera plaisir, car les fleurs arborent des couleurs chatoyantes et attirantes, en plus de dégager un doux parfum.
Voilà, emballé, c’est pesé.
Le problème, c’est que vous venez d’acheter une véritable bombe à retardement déguisée, sans le savoir.
La comparaison vous paraît un peu exagérée ? Attendez d’en savoir plus.
L’industrie de la fleur

L’horticulture est en réalité une industrie extrêmement lucrative et sans frontières, qui pour séduire toujours plus de clients, n’hésite pas à s’approvisionner des 4 coins du monde.
Les importations en bouquets et fleurs coupées sont en réalité bien plus importantes qu’on ne le pense : d’après FranceAgriMer, la France a importé plus de 466 millions de roses en tiges en 2019.
En volume, c’est 82 % des importations françaises qui proviennent des Pays-Bas.
Quand on pense à ce pays, on pense bien sûr au symbole mythique des champs de tulipes qui s’étendent à perte de vue. Bien que cela puisse paraître magnifique, en y regardant de plus près, on se rend compte que ce modèle de production est une catastrophe pour la biodiversité.
Le Marché aux fleurs d’Aalsmeer, la plus grande bourse du monde avec pas moins de 12 milliards de fleurs vendues chaque année, fonctionnant par un système d’enchère. C’est la méthode la plus avantageuse pour les producteurs.
Ils reçoivent le prix de plaque tournante du business de l’horticulture, une mainmise représentant 60 % du marché mondial. Ce quasi-monopole qui n’est pas prêt de s’arrêter.
Pour satisfaire cette insatiable demande, ils n’hésitent pas à utiliser des dizaines de pesticides différents et beaucoup de fertilisants issus de mélanges de molécules : c’est donc une utilisation colossale de produits à la fois très toxiques et hautement cancérigènes, et bien évidemment mortels pour tous les insectes, champignons et micro-organismes.
Les sols et cultures hydroponiques sont maintenus sous perfusions pour continuer à faire fleurir le plus rapidement possible, et en quantité.


Autres points problématiques, pour offrir des fleurs en toutes saisons, la grande majorité poussent en réalité sous serre et sous lumière artificielle, même en plein jour, pour également stimuler leur croissance. Une méthode qui génère d’importantes émissions de GES et une énorme consommation d’électricité, bien loin du cliché de terres couvertes de tulipes.
Rien que pour une entreprise, dont le nom ne sera pas cité, produisant une seule et même variété de rose, cela représente plus de 70 millions de kWh par an. L’équivalent d’une ville de 30 000 habitants comme Montélimar.
Sans oublier le transit par avion et par camion, qui sont des moyens de transport ultra-carbonés pour acheminer les « marchandises » jusqu’aux fleuristes de toute l’Europe.
Pour vous donner une idée, puisque c’est le choix le plus populaire pour la Saint-Valentin :
un bouquet de roses néerlandaises représente 27 kg d’équivalent CO₂, soit autant que 1 kg de bœuf ou 6 kg de poulet. Ca fait beaucoup pour quelque chose qu’on ne mange pas.
En plus de leur propre production, ils n’hésitent pas à s’approvisionner sur d’autres continents, comme en Afrique, avec le Kenya, l’Éthiopie et le Zimbabwe, mais aussi en Israël, Équateur, Colombie, Chine, Thaïlande… Tous très performant et plébiscités pour les variétés qu’ils proposent.

Dans neuf cas sur dix, les fleurs provenant de ces pays transitent de toute façon par les Pays-Bas. Pourtant, ils utilisent des produits de synthèse bannis sur le sol européen en raison de leur dangerosité (étant également cancérigènes, à l’origine de maladies génétiques et de problèmes de fertilité).
Même si nous ne pouvons utiliser ces produits pour notre agriculture, ils sont toujours produits sur le sol européens, puis exportés là où ils sont autorisés, pour ensuite racheter les récoltes de ces pays et les vendre chez nous (comme c’est le cas pour les fleurs).
Un paradoxe complètement incompréhensible mais bien réel.
Mme Mantingh, chercheuse et présidente de l’ONG anti-pesticides PAN-NL, affirme :
« Nous avons examiné treize bouquets en laboratoire et nous y avons trouvé 71 pesticides différents, dont un tiers sont des substances interdites ».
À ce jour, aucune législation n’oblige à respecter un taux maximal de résidus, contrairement aux denrées alimentaires. Ils échappent donc à tout contrôles.
Résultat, tout le monde est susceptible d’être contaminé par ces mêmes résidus et peuvent être victimes de leur lot de complications, les premiers exposés sont bien sûr les employés qui s’occupent de préparer, d’épandre les mélanges sur les plantations et de cueillir et rassembler les tiges, et au bout de la chaîne : les revendeurs et les acheteurs.
Une histoire particulièrement tragique s’est déroulée en France en 2022 : nous apprenions le décès d’une fillette de 11 ans, atteinte d’une leucémie, liée à l’exposition de sa mère, qui était fleuriste pendant la grossesse. > Lire l’article sur France Inter

Puis, pour finir cette longue liste, ce sont toutes les strates de l’environnement qui sont impactées : nappes phréatiques, étendues d’eau, plantes sauvages, animaux… Ils sont malheureusement les grands oubliés de ce commerce juteux, car presque aucune entreprise ne se soucie de leur état de santé.
Ces questions ne rentrent pas en compte dans leur gestion, jugées incompatibles avec leurs objectifs.
En achetant chez un fleuriste s’approvisionnant en dehors de l’Europe, vous contribuez directement à ce système. Difficile d’y échapper quand on sait que 85 % des tiges ne viennent pas de chez nous.
Tout ça, pour un plaisir bien trop éphémère, puisque le bouquet ne vivra guère plus de 2 semaines dans votre salon.
Qu’en est-il des fleurs françaises ?

Même si des exploitations françaises existent bel et bien, elle sont loin d’être des exemples en termes de respect de l’environnement.
Car comme pour les Pays-Bas, elles sont pour la plupart produites sous serre, en utilisant des engrais azotés, mauvais pour le sol et l’eau (pouvant entraîner des marées vertes), ainsi que des pesticides reconnus comme très dangereux pour la santé de tous les organismes vivants, malgré une législation plus stricte sur leur utilisation.
Le problème n’est pas seulement tous les intrants utilisés, mais aussi la forte demande, qui requiert énormément de surface, exerçant à son tour une pression sur tous les insectes, en particulier les pollinisateurs.
En effet, ils ont besoin de ces plantes mellifères, elles sont extrêmement importantes pour leur survie et nécessaires au bon équilibre des écosystèmes.
Ce sont de vrais alliés de la nature et en leur privant de cette ressource, nous condamnons par la même occasion de très nombreuses espèces dont ils dépendent, qui nous rendent pourtant de fiers services.
Vous l’aurez compris, la cueillette sauvage n’est pas la solution et de toute façon, bien souvent interdite.
Il vaut mieux éviter de récolter des fleurs dans la nature, certaines faisant, en plus de cela, partie des espèces protégées et menacées (742 en France métropolitaine).
Nous nous sommes trop attachés à la tradition des bouquets de fleurs sans savoir d’où ils viennent.
Le mieux, reste avant tout d’arrêter complètement les bouquets et de trouver d’autres alternatives.
Par exemple un cadeau plus personnel mais plus raisonnable et qui vient du cœur, comme par exemple un gâteau. Sinon, dans le cas où se serait pour vous offrir un petit plaisir, vous pouvez confectionner vous-mêmes des bouquets, à l’aide de matériaux recyclés (emballage, papier, tissus et bien plus encore).
C’est un changement d’habitude difficile à mettre en place pour certains, mais tellement essentiel.
« Euh, mais je veux des fleurs moi, je m’en fiche ! »
Si malgré tout, vous ne parvenez pas à vous en passer, la seule vraie alternative durable est de se tourner vers des fermes florales ayant obtenus le label AB (Agriculture Biologique), eux seuls n’utilisent pas d’intrants chimiques et respectent les cycles naturels en proposant des fleurs de saison (pour le mois de février : Renoncules, Tulipes, Anémones…) et promouvant la présence d’insectes et autres êtres vivants. De quoi préserver une richesse naturelle.
Si vous n’en avez pas près de chez vous, il existe quelques artisans proposant la livraison à domicile.
Maintenant que vous avez toutes les informations, c’est votre choix qui peut faire bouger les choses, pour la planète et pour nous tous : votre carte bancaire à le pouvoir !

Sources : La Dépêche, Reporterre, Sur le front, FoodBiome


