– Cet article a été rédigé et réalisé en collaboration avec Les Derniers. –
“
Je suis un oiseau rare, presque invisible. Je marche au ras du sol, caché dans les hautes herbes, entre les tiges humides, les insectes et les fleurs sauvages.
Vous preniez autrefois mon cri pour un grincement de bois au fond des prairies. J’appelais une femelle. J’appelais le printemps. J’étais le gardien de ces lieux.
Aujourd’hui, je suis seul et mon cri se perd dans le néant de vos vastes champs artificiels sous perfusion chimique.
Vous n’avez plus de temps ni de place à donner au Vivant. Vous ne le voyez plus. Vous ne voyez que le profit avec des machines toujours plus larges, toujours plus rapides et toujours plus pressées d’avaler le monde.
Il m’en fallait peu, pourtant. Quelques semaines sans moteur. Quelques semaines pour aimer, pondre, couver et voir courir mes petits entre les tiges.
Moi, je niche sur la terre. Comprenez-vous ce que cela signifie ? Mes œufs ne sont pas dans un arbre, à l’abri de vos roues. Mes petits ne peuvent pas s’envoler quand le tracteur arrive.
Votre fauche n’est pas qu’une récolte, c’est aussi une moisson de corps. Elle ne voit personne. Elle avance, coupe les herbes, les fleurs, les cachettes, les nids, les ventres chauds et les becs ouverts. En quelques minutes, un monde habité devient une surface stérile au silence immuable.
Je n’ai pas de haine pour ces humains qui cultivent la terre. Je connais leurs mains, leur fatigue et leurs dettes. Je sais que beaucoup voudraient faire autrement, que certains retardent la fauche, laissent des bandes refuges et écoutent attentivement la nuit avant de passer la machine. Je sais qu’ils sont, eux aussi, pris dans une mâchoire plus grande qu’eux.
Je suis contre ce système qui appelle progrès ce qui détruit les conditions mêmes de la Vie.
Je veux seulement continuer à chanter, gambader, chasser, aimer, nicher et transmettre à mes petits, mais je ne suis plus en sécurité nulle part.
Je suis le râle des genêts. J’ai besoin de prairies vivantes, belles, accueillantes et que l’humus, cette terre humide qui grouille de vie, ne soit pas transformé en un substrat meurtri, retourné, drainé, aseptisé et exploité jusqu’à l’os !
Ne laissez pas mon existence appartenir aux souvenirs !
Changez vos pratiques, dès maintenant ! Laissez les prairies debout ! Retardez les fauches ! Coupez du centre vers l’extérieur pour laisser fuir ceux qui le peuvent ! Gardez des bandes refuges ! Restaurez les zones humides ! Et arrêtez de sacrifier le Vivant sur l’autel d’une agriculture industrielle qui nous détruit autant qu’elle détruit vos paysans.
Je suis petit, oui. Mais ma disparition est immense.
Vous les géants pressés qui arrachez ma maison au nom de votre profit boulimique, vous finirez par pleurer les conséquences de ma disparition.
Car ce n’est pas seulement mon chant qui disparaît, mais une manière ancestrale d’habiter la terre.
Un jour, peut-être, un enfant demandera pourquoi les prairies sont si calmes. Pourquoi il n’y a plus ce drôle de cri, ce raclement obstiné venu des herbes. On lui dira que c’était un oiseau très discret. Qu’il vivait là autrefois.
Qu’il a décliné, parce qu’il était difficile de concilier sa protection avec les réalités agricoles.
Quelle expression propre pour parler du broyage du Vivant !
”
Comment protéger le Râle des genêts ?
Aujourd’hui, la France ne compte plus que 70 mâles chanteurs de cette espèce.
Si vous souhaitez promouvoir les efforts de préservation de cette espèce pour éviter qu’elle ne disparaisse, sachez qu’il est possible d’effectuer des dons à la LPO, qui avec votre aide, peut mettre en place, via le nouveau Plan National d’Actions (PNA) 2024-2033, plusieurs mesures de conservation pour acquérir des prairies humides, permettre la traçabilité des individus restants, encourager des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement (fauche tardive) et bien plus.
Rappelons aussi qu’en soutenant l’agroécologie locale, vous aidez durablement l’espèce.
Qui sont LES DERNIERS ?
LES DERNIERS est un compte instagram mêlant récit, militantisme et illustration, né de l’urgence écologique et du besoin de rendre sensible ce qui disparaît. Nous voulons rendre visibles les victimes cachées derrière nos habitudes, dénoncer les mécanismes d’un système qui dévore le vivant, redonner une dignité à ce qu’on sacrifie et provoquer un choc émotionnel.
Ils sont les Derniers. Derniers oiseaux au-dessus des routes, Derniers insectes dans les champs, Derniers arbres debout, Derniers coraux blanchis. Et nous, Derniers humains capables de dire non. Le Vivant n’a plus le luxe d’attendre. Nous avons encore la chance d’entendre et le devoir de répondre.
> Retrouvez leur travail en vous rendant sur leur compte instagram :


