Contrairement à ce que laisse penser l’expression familière, le blaireau est un animal très intelligent et débrouillard.
C’est pourquoi, à l’occasion de la Journée mondiale des Blaireaux en ce 15 mars 2026, il est important de briser cette mauvaise réputation et d’expliquer pourquoi il mérite bien mieux qu’être associé à une injure.
Bien qu’il ressemble à un gros chien ou un ours miniature, il est en réalité de la famille des mustélidés.
He oui ! Le blaireau européen (Meles meles) est le cousin, entre autres, de la loutre et de la belette.
Au creux de la forêt, il y a cette vie qui remue le sol, inlassablement. On se demande bien ce que ce mignon personnage nocturne peut bien vouloir chercher si longtemps.

Mais alors, que mange ce fouisseur hors pair ?
Il s’agit d’un omnivore opportuniste, et même si son odorat est 200 fois plus fin que le nôtre, sa vue est en revanche assez mauvaise !
Ce qui fait que, contrairement aux autres mustélidés, il ne chasse absolument pas. Il ne poursuit ni ne guette ses proies, et se contente plutôt de retourner la litière, de gratter le sol ou un vieux tronc en décomposition pour y trouver de quoi se nourrir, comme des baies, glands, fruits, mais aussi animaux de très petite taille.
Là où rongeurs, lombrics, gastéropodes et vers blancs font la fête, il n’est jamais très loin ! Sans lui, toutes ces espèces proliféreraient et causeraient beaucoup de dégâts.
C’est d’ailleurs un excellent bio-indicateur de la santé des bois, et il souffre, comme beaucoup d’autres espèces sauvages, de l’expansion urbaine. Il se retrouve alors acculé dans les dernières zones encore viables ; parfois très proche des villes et des habitations.
C’est donc pourquoi il est totalement inoffensif pour les élevages et les cultures, car rares sont les dégâts qu’il occasionne, malgré sa taille relativement imposante (jusqu’à 80 cm de long pour 10 kg).
Malgré tout, on continue de confondre ses activités avec celle des sangliers, qui sont pourtant bien plus grands, lourds et nombreux que ces derniers. Les blaireaux ne détruisent jamais des champs entiers, et se contentent seulement de creuser des petits trous, ou occasionnellement, déterrer quelques bulbes, mais rien qui n’entraîne de pertes significatives pour les récoltes.

Un mode de vie fascinant
Il brille par sa qualité d’ingénieur : son rôle écologique est primordial et indispensable au bon équilibre de la forêt. Car en retournant la terre, il favorise l’oxygénation du sol, dissémine les semences et promeut la germination des graines, ce qui, au final, créer une meilleure croissance et une meilleure répartition du couvert végétal.
Bien sûr, cela ne s’arrête pas là : les cavités que les blaireaux creusent sont non seulement utiles pour la terre et les végétaux, mais elles sont aussi un vrai havre de paix pour de nombreux autres habitants !
Chauves-souris, lapins de garenne, renards, putois, fouine, campagnols et mulots peuvent partager les terriers construits par ce mustélidé, laissés à l’abandon ou non.
Les cohabitations avec le renard sont d’ailleurs assez fréquentes.
Un vrai professionnel du logement et de l’aménagement forestier, dont les services profitent à tous.

Pourquoi ce passionnant mammifère est-il donc victime d’une réputation injustifiée ?
C’est une espèce particulièrement impopulaire dans le domaine de l’agriculture.
En plus de cela, il est souvent pointé du doigt, pour « véhiculer des maladies graves », ce qui est faux pour la rage, qui a été éradiquée depuis 2001 en France.
Concernant la tuberculose bovine, il est davantage victime que vecteur.
Pour l’être humain, il ne représente aucun danger, car il n’existe pas de cas avéré de transmission entre le blaireau et notre espèce (Rappôrt aout 2019 – ANSES).
Comme son nom l’indique, les élevages bovins restent, à l’origine, le réservoir principal de la maladie. D’ailleurs, aucune étude n’a pu prouver une transmission durable entre le blaireau et les troupeaux bovins.
Légalement, il n’est pas classé parmi les ESOD (Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts), mais subit les mêmes injustices que les espèces considérées comme telles, avec la pratique de la vènerie sous terre.
Même si le déterrage de blaireaux est en baisse depuis 2020, grâce aux nombreuses régions où cette pratique n’est, à ce jour, plus autorisée par les préfets, environ 20 000 blaireaux sont encore tués chaque année en France, sans quota.
Un chiffre conséquent quand on sait que la population ne s’élève pas au-delà des 150 000 individus.
Cette pratique de chasse digne de la barbarie du Moyen Âge, consiste, à l’aide de chiens de chasse, à tendre les blaireaux en embuscade, puis de les extirper de leur terrier à l’aide d’énormes pinces, pour ensuite – s’ils ne sont pas d’abord jetés en pâture aux chiens – les achever à coup de pelle, hache, masse ou dague.
Ce qui signifie qu’en période où les jeunes blaireautins sont encore dans le terrier (et ce, malgré l’interdiction de 2019), ils sont aussi tués, ou bien finissent par mourir de faim en l’absence de leur mère.
La violence est telle qu’il est impossible de s’imaginer la souffrance qu’ils subissent.
Car oui, son extermination est non seulement contre-productive, mais elle est aussi totalement injuste et cruelle.
D’autres solutions existent pourtant pour cohabiter, sans leur ôter la vie :
Clôtures électriques, cordelettes imbibées d’essence ou de produit odorant, identification des zones fréquentées, etc.
À noter que la délocalisation des individus par le piégeage, en plus d’être très stressante, est inefficace.
Alors apprenons à respecter et à aimer ce voisin discret et fascinant, ô combien essentiel !

Sources : ASPAS, France Nature Environnement, Reporterre, La Salamandre, LPO, Blaireau & Sauvage


