Dans l’enfer des incinérateurs [DOSSIER]

C’est en 1893, à Javel, l’actuel 15e arrondissement de Paris, qu’ouvre le premier incinérateur sur le territoire français.
Véritable révolution dans le traitement de nos déchets, auparavant enfouis quand nous ne savions décider de leur sort.
Bien que déjà décrié à l’époque, le brûlage est longtemps perçu comme la solution la plus pratique.

1. Nos déchets sont-ils vraiment tous incinérés ?

Contrairement à ce que l’on pense, l’enfouissement existe toujours.
Il est difficile de savoir traiter TOUS les déchets que nous produisons.

D’après l’Agence de la transition écologique, ce sont encore 20 % de nos ordures ménagères qui finissent sous terre.
En 2022, on en dénombre 17 millions de tonnes, soit le poids de 1700 tours Eiffel.
Des chiffres bien loin de l’objectif fixé par la France à 10 millions de tonnes pour 2025.

Mais pourquoi y en a-t-il toujours autant ?

En théorie, les ISDND (Installation de stockage de déchets non dangereux) sont supposées n’enterrer que des déchets ultimes.
Mais en réalité, on y retrouve du carton, du verre, et même du plastique.
Lors de leur décomposition, les matières organiques restantes produisent du méthane, un gaz 25 à 28 fois plus réchauffant que le CO2.
Ajouté à cela, les surfaces importantes allouées à ce stockage et le risque élevé de contamination des sols et nappes phréatiques.

La cause de cette pratique : un tri à la source insuffisant voire absent.
Ce sont les municipalités qui baissent les bras face au manque d’éducation de certains ménages au tri des déchets.

C’est l’organisme Citeo, à l’occasion de la La Semaine Européenne de la Réduction des Déchets qui s’est déroulé du 22 au 30 novembre 2025, qui a dressé le bilan du tri sélectif dans les foyers français.
La moyenne nationale par habitant est de 72 kg de déchets ménagers recyclables en 2024.
Une performance de tri plus faible dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, car cette moyenne descend à 56,3 kg/hab, ce qui leur donne une des position la plus basse dans le classement national (hors territoires ultramarins), juste avant l’Île-de-France, qui culmine à 47,5 kg/hab.

2. La face cachée des incinérateurs

Crédit photo © Unsplash / Henrik

Retournons à nos fours de métal.
Même s’il on sait maintenant les réduire en cendres, ces résidus issus de notre consommation continuent de poser problème.

Cette « technologie » implique en réalité de sérieux retentissements environnementaux et sanitaires.
Brûler 1 tonne de déchets génère près d’1 tonne de CO2.
Pour se donner un ordre d’idée, c’est l’équivalent d’un trajet 4 600 km en voiture thermique et un vol long-courrier, comme par exemple Paris-New York.
Des chiffres qui donnent le vertige.

Les rejets issus de la combustion contiennent des polluants nocifs pour la santé.
Souvenez-vous de la contamination des élèves d’une école d’Ivry-sur-Seine située à proximité d’un incinérateur de déchets.
Parmi ces émissions, on remarque de nombreux polluants organiques persistants, dont le Monoxyde de carbone, Les Oxydes d’azote, le Dioxyde de soufre, le Chlorure d’hydrogène, les Dioxines, le Furane et les PCB, des poussières et certains métaux lourds, ainsi que les particules fines (PM2.5) et ultrafines (PM0.1).
Ces molécules polluantes sont pour certaines à les fois très toxiques et potentielles promotrices de cancer chez l’Homme.

Un mauvais cocktail qui se répand bien plus loin que les abords directs du site et contamine les sols, la végétation, les riverains et bien sûr toute la faune sur un périmètre de plusieurs kilomètres.

C’est donc une terrible injustice que subissent bon nombre d’écosystèmes.

3. Après la santé, le portefeuille

Crédit photo © Unsplash / Nathan Cima

Sur le plan économique, leur traitement coûte 100 € par tonne aux collectivités locales.
Malheureusement, nombreux sont les déchets qui ne peuvent, à l’heure actuelle, être recyclés ou revalorisés : éponges, piles alcalines, sachets de chips, gobelets à usage unique, boîte à emporter en polystyrène…
La liste est malheureusement longue et pose la question du rôle des industriels dans cette lourde affaire.
On estime que 245 kg d’ordures ménagères résiduels (non-recyclables) sont émis par habitant chaque année, soit 16 millions de tonnes.
Bien que certains de ces déchets ne peuvent pas être évités, comme par exemple les piles ou les ampoules, la plupart peuvent être réduits ou remplacés par des matériaux plus durables dans le temps.
Notre carte bancaire et l’utilisation qu’on en fait reste toujours notre meilleur allié pour endiguer un maximum ce fléau que représentent les déchets à usage unique.

4. Solutions de réduction des déchets

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Après avoir lu tout ça, vous souhaitez faire un geste qui a du sens en achetant différemment ?
La première chose à garder en tête, c’est que pour mieux jeter, il faut commencer par moins jeter.
Car même le tri le plus irréprochable a tout de même des conséquences sur l’environnement à long terme.
Pourvu que l’on arrive à cuisiner soi-même, les alternatives sont nombreuses : les contenants réutilisables comme les boîtes et bocaux en verre, les gourdes ou les gobelets, les sacs à vrac et sacs à pain, les paniers, etc.
Sachez que depuis la mise en place de la loi anti-gaspillage le 10 février 2020, il vous est maintenant possible de ramener vos contenants réutilisables dans vos commerces de proximité, pourvu qu’ils soient bien lavés.
Ainsi, dites adieu aux emballages, même pour les denrées sensibles comme les desserts chez votre boulanger, les produits laitiers comme le fromage, et même les viandes animales !

La liste ne s’arrête pas là : produits ménagers maison, éponge en matériaux recyclés ou naturels, lingettes et coton-tiges réutilisables, gels douche et dentifrices sans emballages plastiques…
Les magasins bio et les marchés sont de vrais paradis du zéro déchet, car ils sont les pionniers du vrac en France.

Comprendre le Vivant a pour objectif, à terme, de présenter un maximum d’alternatives plus vertueuses à toutes les étapes de notre quotidien.

A ce titre, Zero Waste France est une association avec un champ d’action spécifique à ce sujet.

Il est possible de lutter, en adaptant notre mode de consommation pour faire face à ces enjeux, et ainsi, éviter les emballages inutilement polluants.

Qu’en est-il des résidus alimentaires ?

Le sujet est trop complexe pour être contenu dans un seul et même article.
Pour en savoir plus, un article sera dédié sur le traitement des biodéchets et le compostage individuel.

Rappelez-vous, le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas.

Pour aller plus loin, consultez ces deux sites internet : ici et ici