Quand on pense aux substances addictives nocives pour la santé, on pense immédiatement à l’alcool et au tabac.
Aujourd’hui, le sujet du tabac sera abordé d’un point de vue écologique.
FUMER TUE – JETER UN MÉGOT POLLUE
C’est la grande star des déchets, et pas loin d’être premier sur le podium des déchets sauvages les plus populaires. Une pollution massive et insidieuse.
Lorsque vous vous promenez dans la rue, en particulier en ville, vous n’attendrez pas longtemps avant d’apercevoir une personne avec « la clope au bec », puis de se débarrasser de ce petit tube directement par terre.
Toutes les personnes qui s’adonnent à cette courte consommation n’abandonnent certes pas tous leurs mégots, mais ce geste encore bien trop banalisé est en fait une menace pour la faune, la vie aquatique et l’environnement en général.
Les chiffres donnent le vertige…
Saviez-vous que plus de 30 milliards de mégots (25 000 tonnes) sont abandonnées chaque année en France ?

De par son poids léger (à peine 0,2 gramme), il est facilement emporté par le vent et le ruissellement des eaux de pluie, finissant sa course dans les étendues d’eau, dans l’océan, et même dans les stations d’épuration en passant par les plaques d’égouts.
Une concentration de 4 mégots dans 1 litre d’eau suffirait à tuer un poisson.
Non biodégradables, il s’agit d’un pur concentré de toxines chimiques et de métaux lourds (jusqu’à 4 000 ; parmi elles cadmium, plomb, mercure, dioxyde de titane, ammoniac, arsenic, benzène…).
Pour 1 cigarette jetée = 500 litres d’eau pollués.
Imaginez donc un peu le résultat du calcul sur un an !
De plus, si elle reste dans la nature sans jamais être ramassé, il lui faudra pas moins de 12 ans pour se décomposer (le filtre étant fabriqué à partit d’acétate de cellulose, un dérivé du plastique), et encore plus de temps pour les substances résiduelles qui ont une durée de vie très longue.
Pas besoin d’être fort en maths pour se rendre compte que le coût environnemental final est astronomique.

N’oublions pas d’ailleurs que la faune liminaire (pigeons, corbeaux, rats, poissons…) et sauvage est aussi touchée à cause de l’ingestion accidentelle de filtres, qui peuvent bloquer leurs voies digestives, intoxiquer l’organisme ou entraîner une fausse impression de satiété.
Outre la dangerosité de cette incivilité, la vue de déchets jonchant le sol n’est guère appréciable et défigure le paysage urbain, en plus de coûter cher aux collectivités qui doivent s’occuper du nettoyage et du ramassage.
C’est pourquoi, il est important d’appeler au civisme des fumeurs, par la sensibilisation et l’information, via des articles comme celui-ci, ou par des campagnes de publicité, communications locales et nationales.
Les origines du tabac

Et si on remontait jusqu’à sa production, c’est-à-dire la culture du tabac pour ses feuilles ?
Le tabac cultivé (Nicotiana tabacum) est originaire d’Amérique centrale.
L’origine de son succès provient de sa concentration élevée en nicotine, une puissante neurotoxine.
C’est pourquoi il est toujours si consommée aujourd’hui, en dépit des nombreux risques de maladies. Dans le monde entier, on compte 3,22 millions d’hectares de terres arables, consacrées uniquement à faire pousser cette plante.
Une surface grande comme l’Inde !
Selon l’OMS, elle est responsable de déforestations, de pertes de biodiversité, d’une utilisation intensive d’eau et de bois (pour l’arrosage et le séchage), ainsi que des retentissements sur les conditions de vie, puisque cette plante provient majoritairement de pays à revenus faibles, où les ressources naturelles devraient être utilisées en priorité pour alimenter les populations locales.
A titre d’exemple plus précis, cela représente chaque année :
600 millions d’arbres en moins, 200 000 hectares de terres transformées en champs, 22 milliards de tonnes de consommation d’eau et 84 millions de tonnes d’émissions de CO₂.
Mettre le feu aux brousses

En 2022, on dénombrait pas loin de 12 000 départs de feu de forêt en France métropolitaine.
La majeure partie d’entre eux (40 %) sont attribués à l’abandon de cigarettes encore allumées.
Dans le monde, c’est 10 % des incendies sont directement imputé à ce comportement dangereux. Les flammes peuvent facilement consumer des centaines d’hectares de forêts.
Beaucoup se rappellent les événements qui ont eu lieu ces dernières années, où de nombreux feux se sont étendus sur de longues périodes, détruisant 80 % des forêts qui en étaient victimes.
De même que pour les espaces publics fermés ou couverts, il est maintenant interdit de fumer dans les bois et forêts (ou à proximité immédiate) selon Art. L. 131-1-1 du 10 juillet 2023.
Cette nouvelle loi intervient dans la lutte et la prévention contre l’intensification et l’extension du risque d’incendie.
Alors, doit-on vraiment rester impuissants face à tous ces dégâts ?
Passer à l’action
Malgré le jet de mégot strictement interdit par le code pénal et puni par une amende de 135 euros, beaucoup jugent (fumeurs et non-fumeurs) que cela n’est pas suffisamment dissuasif.
D’autant plus que cette contravention n’est pas toujours appliquée, faute de flagrant délit par exemple.
Vous êtes révolté à la lecture de l’article, ou vous étiez déjà au courant, mais ne saviez pas que faire pour réduire cette pollution généralisée ?
Ou bien peut-être vous faisiez cela depuis longtemps, sans vous rendre compte d’un possible impact sur la biodiversité ?

Dans tous les cas, les solutions sont nombreuses :
Tout d’abord, pour les fumeurs, la mise disposition de cendriers dans l’espace public (dans la rue ou devant les commerces), dont le contenu est ensuite collecté par des entreprises spécialisées dans la valorisation de ce petit objet.
L’idéal est donc d’attendre d’en trouver un, ou bien une poubelle à défaut de mieux.
Pour faire encore plus simple, vous pouvez facilement vous procurer un cendrier de poche et de l’emporter partout avec vous.
Pour ceux qui sont simplement spectateurs et qui ne consomment pas (félicitations !), il existe de autres méthodes d’actions :
Pour nettoyer votre ville, de nombreuses marches citoyennes sont organisées un peu partout sur le territoire (pour les plages, on appellera cela du « beach cleanup »), auxquelles vous pouvez participer de manière bénévole.
Mais si vous n’en trouvez pas près de chez vous : organisez-en une, vos élus locaux seront ravis d’apprendre l’initiative !
Autre possibilité : participer au Megothon annuel, une grande compétition nationale de collecte de mégots.
Organisée par un groupement de plusieurs associations, elle rend le ramassage ludique et amusant, tout en faisant du bien à notre planète.
Le record actuel date du 29 mai 2021, avec 855 000 mégots ramassés par 1200 participants bénévoles, en à peine 3 heures !
Dans la même idée, vous trouverez aussi la « World Cleanup Day » ou tout simplement les journées de ramassages régulièrement proposées les associations locales ou les municipalités.
Pour les personnes qui se promènent régulièrement, vous pouvez tout simplement amener avec vous un sac-poubelle et des gants, pour être toujours prêt à nettoyer.

À vos marques, prêts ? Ramassez !
Sources : Surfrider Foundation France, ADEME, Lemontri, Écomégot (Keenat), OMS / Journée mondiale sans tabac, CNCT


