Dans un monde marqué par la mondialisation, le libre-échange refait surface :
« Samedi 17 janvier 2026 : Après plus de 25 ans de négociations, le Mercosur (marché commun d’Amérique du Sud entre le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay et l’Argentine) a signé un accord commercial de grande ampleur avec l’Union Européenne. »
Cette mesure prévoit la réduction, voir la suppression des droits de douane sur plusieurs marchandises, notamment le riz, le soja, le sucre, le miel et la viande bovine.
Ce n’est pas la première fois que de telles négociations ont lieu, comme par exemple le CETA ; un accord Canada-UE validé en 2016, l’accord Nouvelle-Zélande-UE en 2024, et plus récemment l’accord Inde-UE, tous aussi très contestables, bien que différents.
Sauf que cette agriculture est, sans surprise, loin d’être sans répercussions sur l’environnement.
→ Cet article vous explique ce que la ratification d’une tel traité aurait comme conséquences :
Des usines à viande bon marché

Ces pays n’ont pas les mêmes pratiques agricoles que nous, certaines étant même interdites en Europe.
Les animaux sont élevés dans des fermes usines pouvant dépasser les 20 000 individus, où les antibiotiques promoteurs de croissance sont autorisés et où le bien-être animal est au second plan.
Tout ça, pour produire une viande à bas prix, jusqu’à 3 à 8 % moins chers qu’en France.
En inondant le marché européen de marchandise bon marché, c’est aussi l’agroécologie qui est menacée par les écarts de prix qui seront encore plus marqués qu’auparavant.
Un secteur qui peine déjà à regagner des parts de marché, avec une baisse de 14 % entre l’année 2023 et l’année 2024, alors qu’il est plus que nécessaire de promouvoir une alimentation saine et respectueuse de l’environnement.
En fin de compte, cet accord serait une porte ouverte à la concurrence déloyale, étouffant la paysannerie et la vie sauvage.
Mauvais temps pour la forêt



Au Brésil, la filière du Bœuf est responsable d’une grande partie de la déforestation.
Elle menace les espèces vulnérables d’Amazonie, pousse la nature dans ses retranchements et intoxique tout sur son passage.
Le soja OGM, aliment principalement utilisé pour nourrir les bovins et déjà importé pour nourrir nos élevages intensifs, est cultivé avec des pesticides sur des centaines d’hectares de monoculture.
Oui, vous avez bien lu, le soja d’Amérique du Sud est autorisé en conventionnel pour nourrir nos bovins français, à l’opposé de l’élevage biologique qui interdit l’utilisation d’intrants génétiquement modifiés.
Pour permettre à cette agriculture de s’étendre avec les demandes croissantes, il lui faut de plus en plus de place. Cependant, il est bon de préciser que le soja utilisé pour des alternatives végétales comme le Tofu ou les boissons n’est pas le même, il provient pas d’Amérique du Sud, mais de France ou d’Europe.
Cette culture à l’expansion sans limites empiète sur les milieux naturels et remplace les forêts.
Selon une récente étude intitulée « Les pommes pourries de l’agro-business brésilien » publiée dans la revue Science :
jusqu’à 22 % du soja et 60 % du bœuf importés du Brésil vers l’Union européenne seraient issus d’une déforestation illégale.
Les incendies, normalement rares dans les forêts tropicales humides, s’intensifient, résultat du défrichage des terres naturelles et agricoles.
Des ravages non seulement sur les écosystèmes locaux, mais aussi sur la population, parfois contrainte de grès ou de force à céder leurs parcelles, avec de nombreux peuples autochtones expulsés de chez eux.
Avec de telles décisions, prises uniquement au nom d’un insatiable profit, nous ne faisons que sacrifier une biodiversité riche et une agriculture paysanne en voie de disparition.
Pour ne pas arranger les choses, Abiove, l’association des géants du soja, a quitté ce 1er janvier 2026 le moratoire contre la déforestation.
La question qui se pose est, comment peut-on cautionner un accord qui défi en tout point, toute logique de protection environnementale, sanitaire et sociale, alors même que nous sommes à une phase critique de notre société, où le rendement rime avec effondrement ?

Une lueur d’espoir ?
Le combat commun mené entre de nombreux agriculteurs et plusieurs États membres ne semble finalement pas avoir été vain.
En effet, le 21 janvier 2026, une majorité d’eurodéputés (334 votes en faveur, 324 contre, 11 abstentions) a voté en faveur d’une saisine de la Cour de justice de l’UE.
Ce que cela veut dire est que les eurodéputés ont émis des réserves sur la compatibilité et la conformité avec les textes constitutifs de l’Union européenne.
Si la Cour de justice émet un avis négatif, l’accord UE-Mercosur ne pourra alors pas rentrer en vigueur, sauf dans le cas de modifications de celui-ci, ou d’une révision des traités.
En théorie, on pourrait croire que ce recours suspend son application provisoire, malheureusement, la loi ne le permets pas. Rien n’empêche donc son adoption temporaire.
Pour l’heure, il faudra attendre les futures délibérations dans les mois à venir et espérer que l’UE puisse faire un choix plus favorable pour notre souveraineté alimentaire, le climat et la vie sur terre tout simplement.
Consultez la stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée.

Sources : Reporterre, Canopée, Fondation pour la Nature et l’Homme, Ministère de la Transition écologique


